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Le carnet du papier plié L’Atelier du Pli Origami & art du papier L’atelier

Techniques de pliage

Le flocon de neige en papier : plier en six, découper, suspendre

Six branches, douze épaisseurs, quelques encoches bien placées : tout l'art du flocon en papier tient dans un pliage juste et une découpe réfléchie.

Camille Aubertin Lecture 7 min
Le flocon de neige en papier : plier en six, découper, suspendre

Une feuille blanche réduite à un mince triangle de douze épaisseurs, quelques coups de ciseaux donnés presque à l'aveugle, puis ce moment suspendu où l'on écarte les couches du bout des doigts : la dentelle apparaît, six fois répétée, avec une régularité que la main seule n'aurait jamais obtenue. Tout le charme du flocon de neige en papier tient dans ce contraste entre un geste simple et un résultat d'une grande finesse. Encore faut-il plier juste, car c'est le pliage, bien plus que la découpe, qui décide de la réussite.

Six branches, et pas une de plus

Observez un cristal de neige à la loupe : il s'organise autour de six branches identiques, espacées de soixante degrés. Cette symétrie hexagonale tient à la façon dont les molécules d'eau s'assemblent dans la glace, et c'est elle que le pliage doit reproduire. Or le réflexe courant consiste à plier la feuille en deux, puis en quatre, puis encore en deux : on obtient une symétrie d'ordre quatre, avec quatre ou huit branches, donc une rosace, pas un flocon.

Pour en obtenir six, il faut partager un demi-tour en trois angles égaux. Ce partage n'a rien d'intuitif, et c'est ce qui rend l'exercice passionnant : il fait toucher du doigt la géométrie cachée du pli, où chaque angle replié se trouve multiplié à l'ouverture.

Une feuille fine et des lames pointues

Pour un flocon de neige en papier, le carré est le point de départ le plus simple, et un côté de quinze à vingt centimètres convient pour un premier essai. Si vous partez d'un rectangle, rabattez un coin sur le bord opposé pour former un triangle, puis coupez la bande qui dépasse.

L'épaisseur compte davantage que la couleur, car la feuille pliée superpose douze couches. Préférez un papier à origami classique, un papier calque ou un washi léger, dont les fibres longues supportent bien les découpes fines. Pour bien choisir son papier à plier, retenez cette règle : plus le motif sera ajouré, plus la feuille doit être mince.

  • Des ciseaux à lames courtes et pointues, du type ciseaux de broderie, pour entrer dans les angles.
  • Un cutter et un tapis de coupe, pour les jours intérieurs que les ciseaux atteignent mal.
  • Un crayon à mine fine, pour esquisser le motif sur la couche supérieure.

Plier en six, pli après pli

Les gestes qui suivent reposent sur les plis de base de l'origami, pli vallée et pli montagne en tête. Marquez chaque pli à l'ongle : la moindre approximation se répète douze fois.

  • Étape 1. Pliez le carré en deux selon une diagonale, en pli vallée. Placez le grand triangle obtenu avec son grand côté, celui de la pliure, face à vous.
  • Étape 2. Pliez ce triangle en deux pour repérer le milieu du grand côté, pincez seulement en bas, puis dépliez. Ce repère sera le centre du flocon.
  • Étape 3. En gardant le centre comme pivot, rabattez la pointe droite vers la gauche, de sorte que le pli parte du centre en formant un angle de soixante degrés avec le bord inférieur. Ne marquez pas encore.
  • Étape 4. Rabattez la pointe gauche par-dessus, vers la droite, comme on plie une lettre en trois. Ajustez les deux volets jusqu'à ce que le bord de chacun affleure exactement le pli de l'autre, puis aplatissez fermement.
  • Étape 5. Pliez la pointe étroite ainsi obtenue en deux dans sa longueur, bord sur bord. Pli vallée ou montagne, peu importe : seule compte la précision.
  • Étape 6. Égalisez le haut, où les bords de la feuille dépassent irrégulièrement : cette coupe dessine le contour des branches.

Le pliage en tiers des étapes 3 et 4 est le passage délicat. Pour le fiabiliser, tracez au rapporteur, depuis le centre, deux rayons à soixante et cent vingt degrés : les volets n'ont plus qu'à se rabattre le long de ces lignes.

Lire la pointe pliée avant de couper

Avant le premier coup de ciseaux, repérez les zones de la pointe : son extrémité étroite correspond au centre du flocon, le haut au bout des branches, et ses deux longs côtés sont des plis. Une encoche taillée sur un bord plié s'ouvre en une forme symétrique deux fois plus large, répétée six fois ; un jour percé en plein milieu, sans toucher les bords, apparaît douze fois.

La coupe du haut fixe la silhouette. Perpendiculaire à l'un des longs côtés, elle donne un hexagone plein ; en biais, haute sur un côté et basse sur l'autre, elle fait naître six pointes effilées.

Vient ensuite la règle d'or : ne coupez jamais d'un long côté jusqu'à l'autre, sous peine de détacher un anneau entier. Chaque motif doit préserver un pont de papier de quelques millimètres, qui relie le centre aux branches.

  • Encoches en V sur un côté : elles s'ouvrent en losanges.
  • Demi-cercles : sur un côté, ils deviennent des trous ronds ; sur le haut, des festons.
  • Fentes fines et parallèles, taillées depuis le même côté : elles évoquent les ramifications des cristaux.
  • Pointe tronquée : couper l'extrémité étroite ouvre un hexagone au cœur du flocon.

Esquissez au crayon, hachurez les zones à retirer, puis taillez d'abord les jours intérieurs, tant que la pointe reste rigide, et les encoches des bords ensuite.

Ouvrir, mettre sous presse, suspendre

Dépliez dans l'ordre inverse du pliage, couche après couche, sans tirer : un pont trop étroit cède au premier geste brusque. Si deux couches restent accrochées le long d'une découpe, séparez-les avec la pointe d'une aiguille.

Le flocon déplié garde la mémoire de ses plis. Glissez-le entre deux feuilles propres, sous une pile de livres, pendant quelques heures : cette mise sous presse efface presque tous les reliefs. Une légère pulvérisation d'amidon raidit ensuite les pièces destinées à durer.

Un fil de nylon fin ou un fil de coton blanc, passé à l'aiguille dans une branche à bonne distance du bord, laisse le flocon flotter dans l'air. Plusieurs flocons de neige en papier enfilés sur un même fil composent une guirlande ; suspendus à des hauteurs différentes sous un rameau sec, ils forment un mobile qui tourne au moindre souffle. Sur une vitre, une pastille de pâte adhésive repositionnable suffit, et le contre-jour révèle chaque découpe.

Du flocon dentelle au flocon en volume

Le même pliage se prête à bien des usages. Taillé dans un petit carré avec des motifs simples, un flocon en papier orne une étiquette de cadeau ou le coin d'une carte ; découpé dans un papier sombre et posé sur fond clair, il inverse les rôles, et ce sont les vides qui dessinent la neige.

  • Le flocon dentelle. Multipliez les fentes fines et les petits jours en gardant des ponts réguliers : l'hexagone devient presque transparent.
  • Le flocon en volume. Découpez deux flocons identiques dans un papier un peu plus ferme. Fendez le premier depuis la branche du haut jusqu'au centre, le second depuis la branche du bas jusqu'au centre, puis emboîtez-les à angle droit.
  • Le flocon en bandes roulées. Pliez six carrés identiques en triangle, puis encore en deux, et taillez dans chacun trois fentes parallèles au bord ouvert, depuis le côté plié, en vous arrêtant avant l'autre bord. Dépliez, roulez puis collez les bandes deux à deux, en alternant le côté, pour former six modules, et assemblez-les enfin par leurs pointes en une étoile en relief.

Les erreurs qui gâchent un flocon

  • Plier en huit. La base carrée, ou base préliminaire, mène à une symétrie d'ordre quatre : quatre ou huit branches, jamais six.
  • Des tiers approximatifs. Les branches sortent inégales et le centre se décale.
  • Une coupe traversante. Menée d'un long côté à l'autre, elle détache tout un anneau.
  • Des ponts trop fins. Ils cèdent à l'ouverture ou, plus tard, au premier courant d'air.
  • Trop de vide. Un flocon qui a perdu l'essentiel de sa matière s'affaisse dès qu'on le suspend.
  • Un papier trop épais. Les couches glissent pendant la découpe et les motifs ne se superposent plus.

Le premier essai sert d'école : en le dépliant, observez où chaque encoche a resurgi, et vous lirez la pointe pliée avant même de couper la suivante. Au fil des feuilles, les flocons en papier cessent d'être des surprises pour devenir des compositions, pensées branche par branche.

La façon de l’atelier

Du plan au volume, en trois gestes

01

Lire le modèle

Comprendre la structure avant de toucher la feuille : repérer les axes, les diagonales et l’ordre des plis.

02

Marquer les plis

Vallée ou montagne, chaque pli se travaille net et franc : c’est la mémoire du papier qui fait la forme.

03

Donner le volume

Ouvrir, gonfler, assembler : le plan de papier devient objet, du simple pli jusqu’au modulaire.

Continuer à plier

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