Pour ceux qui m’ont suivi lors de mon périple au Japon ces derniers mois, je vous ramène une nouvelle découverte culturelle japonaise qui me passionne : le shogi ! Vous avez certainement déjà joué ou vu un échiquier occidental, mais connaissez-vous son cousin millénaire japonais ?

Qu’est-ce que le shogi ?
Le shōgi (将棋), littéralement “jeu des généraux”, est souvent surnommé les “échecs japonais”. Mais attention, ne vous y trompez pas : même si le principe de base rappelle nos échecs occidentaux, le shogi a ses propres règles et stratégies qui le rendent unique et captivant.
Ce jeu traditionnel oppose deux joueurs sur un plateau de 9×9 cases (plus grand que notre échiquier 8×8 !). Chaque joueur dispose de 20 pièces au début de la partie, dont l’objectif reste le même : capturer le roi adverse.
L’histoire fascinante du shogi
Comme beaucoup d’éléments de la culture nippone, il puise ses origines en Chine et en Inde, avant d’être adapté et perfectionné au Japon vers le VIe siècle. Le jeu que nous connaissons aujourd’hui se serait stabilisé vers le XVIe siècle.
Ce qui me fascine dans l’histoire de ce jeu, c’est qu’il était pratiqué par les samouraïs pour développer leur sens tactique. Imaginez un peu : entre deux batailles, ces guerriers s’affrontaient mentalement autour d’un plateau !
Les règles qui changent tout
Voici ce qui rend le shogi si particulier par rapport aux échecs classiques :
La règle du parachutage : C’est LA grande différence ! Quand vous capturez une pièce adverse, elle rejoint votre camp et vous pouvez la “parachuter” sur le plateau à votre tour. Cette règle révolutionne complètement la stratégie du jeu.
La promotion des pièces : Comme aux échecs, certaines pièces peuvent être promues en atteignant le territoire adverse, mais les transformations sont différentes.
Un plateau plus grand : Avec ses 81 cases (contre 64 pour les échecs), ce qui offre plus d’espace pour manœuvrer.
Les pièces du shogi : un univers à découvrir
Ces pièces sont traditionnellement en bois, de forme pentagonale, avec des kanji gravés dessus. Voici les principales :
- Le roi (王 ou 玉) : comme aux échecs, c’est la pièce à protéger
- La tour (飛) : se déplace comme notre tour d’échecs
- Le fou (角) : l’équivalent de notre fou
- Les généraux : or et argent, avec des mouvements spécifiques
- Le cavalier (桂) : différent du cavalier d’échecs, il ne peut avancer qu’en “L” vers l’avant
Pourquoi j’adore le shogi
En tant que passionnée de cette culture, ce qui m’attire dans le shogi, c’est cette philosophie du recyclage des pièces capturées. Rien ne se perd, tout se transforme ! C’est très japonais comme approche, vous ne trouvez pas ?
Et puis, esthétiquement, j’adore ces pièces en bois avec leurs kanji élégants. C’est presque de l’art décoratif !
Comment apprendre le shogi pas à pas :
Si l’envie vous prend d’essayer (et croyez-moi, ça vaut le coup !), voici mon guide détaillé pour bien commencer :
Les plateformes incontournables pour débuter
Lishogi.org : C’est MA plateforme préférée ! Gratuite, sans pub, et avec une interface simple. Elle ressemble à lichess.org et sera familière aux joueurs d’échecs. Parfait pour résoudre des problèmes et jouer contre l’ordinateur (le premier niveau est idéal pour débuter).
81dojo : Excellente plateforme pour débuter avec la possibilité de choisir des pièces avec aides de mouvements. Super pratique quand on débute !
Les meilleures applications mobiles
Pour Android :
- Shogi Japanese Chess : Plus de 3 000 niveaux de shogi pratiques avec IA adaptée aux débutants
- Shogi Lv.100 : Probablement la meilleure application gratuite pour jouer contre l’ordinateur avec 100 niveaux de difficulté
- Shogi Wars : Officiellement approuvé par la Japan Shogi Association, mais plutôt pour les joueurs intermédiaires
Pour iOS :
- Classic Shogi Game : Plus de 3000 étapes de shogi pratique avec explication des règles
- Kakinoki Shogi : 7 niveaux de jeu avec possibilité de choisir des pièces occidentales ou japonaises
Les ressources francophones
Livres recommandés :
- “Shogi — Initiation aux échecs japonais” par Florent Gorges
- Les ouvrages de la Fédération Française de Shogi pour progresser
Rejoignez la communauté
En ligne :
- Forum Shogi France et serveur Discord de la Fédération
- Le blog de Karolina Styczyńska, première joueuse professionnelle européenne
En club : Consultez le site de la Fédération Française de Shogi pour trouver un club près de chez vous.
Ma progression suggérée
- Semaine 1-2 : Apprenez les règles sur Lishogi ou avec une app mobile
- Semaine 3-4 : Résolvez des tsume-shogi (problèmes de mat) tous les jours
- Mois 2 : Jouez contre l’IA niveau débutant
- Mois 3+ : Tentez vos premières parties contre de vrais joueurs en ligne
Traditions et anecdotes fascinantes
Le shogi, c’est bien plus qu’un jeu : c’est tout un univers de traditions ! Voici mes anecdotes préférées :
Le rituel du furigoma : Pour déterminer qui commence, le joueur le plus gradé lance cinq pions et les fait “claquer” sur le plateau. Si la majorité montre la face non promue, c’est lui qui commence !
Les formules de politesse : Avant chaque partie, on se souhaite “Onegaishimasu” (comptons l’un sur l’autre), et à la fin “Arigato gozaimasu” (merci pour cette partie). C’est tellement japonais, j’adore !
Le respect des aînés : Le roi (王) revient traditionnellement au joueur le plus gradé ou le plus âgé, l’autre prend le général de jade (玉). Une marque de respect toute japonaise.
La technique des pièces : Les Japonais tiennent leurs pièces “en sandwich” entre deux doigts pour les faire claquer élégamment sur le plateau – un petit art en soi !
Le Tendo Ningen Shogi : Chaque avril à Tendo, une partie de shogi grandeur nature avec de vrais humains en costumes traditionnels sur un plateau géant ! Imaginez un peu le spectacle.
Dans la culture populaire
Impossible de parler de shogi sans mentionner sa place dans les mangas et animes ! Des œuvres comme “Sangatsu no Lion” (March Comes in Like a Lion) ont popularisé ce jeu auprès des jeunes générations.
Au Japon, les champions professionnels portent le titre prestigieux de “kishi” et les 8 titres majeurs sont surnommés les “8 couronnes”. Yoshiharu Habu fut le premier à les détenir tous simultanément, devenant une véritable légende !
Mon conseil créatif
Pourquoi ne pas créer vos propres pièces de shogi en origami ? C’est un projet DIY parfait qui combine deux arts nippons, où l’on peut même personnaliser les caractères pour apprendre les kanji tout en s’amusant !